29/03/2019

Toutes les restrictions de circulation qui accompagnent les vignettes Crit’Air, chassent de plus en plus de véhicules des grandes agglomérations (l’exemple du Grand Paris est significatif). Entre système Crit’Air et promotion de la très onéreuse voiture électrique, le gouvernement prive de leur liberté de circuler de nombreux conducteurs sous prétexte de pollution. Mais la voiture électrique est une solution loin d’être aussi propre que le gouvernement le dit. Incohérent ! Sauf s’il s’agit de limiter la place de la voiture…

Depuis quelques temps, sous prétexte de pollution, la voiture est érigée en bouc-émissaire. L’acte même de posséder une voiture ou d’encourager la conduite semble être devenu un comportement déviant comme l’estiment certains élus écologistes, parlant d’ « autosolisme ». Les conducteurs qui n’ont pas d’alternative à la voiture se voient donc stigmatisés comme étant égoïstes et pollueurs !

Cela fait déjà plusieurs années, que la voiture est pointée du doigt par les gouvernements successifs, qui cherchent à en limiter l’usage en utilisant différents prétextes. La mode étant actuellement à l’écologie, ce prétexte est une illustration de l’instrumentalisation de l’écologie à des fins autophobes. Récemment c’est le sénateur Julien Bargeton qui en faisait la démonstration :

« Nous devons aller encore plus loin et toujours plus vite. Nous devons réduire la place de la voiture […] pour lutter contre la pollution. »

Suivant ce motif actuel, l’usage de la vignette Crit’Air s’est étendu. Résultat : les conducteurs risquent d’être obligés de changer de véhicule pour pouvoir accéder librement aux agglomérations de plus de 100 000 habitants (en Ile-de-France, 3 millions de voitures ont été interdites de circulation le 27 février dernier !), sous peine de recevoir une amende de 68 €. Changer de véhicule pour accéder à la ville, même si c’est épisodique (pour consulter son médecin spécialiste par exemple) : idée absurde et  onéreuse !

Le conducteur est désorienté au moment du choix de son mode de propulsion tant les règlementations changent rapidement : il y a peu, l’Etat recommandait le diesel et maintenant celui-ci semble banni. A présent, l’Etat incite fortement à l’achat d’un véhicule électrique, érigé en sauveur de la mobilité hexagonale.

Si le gouvernement promet la première place de son classement Crit’Air à la vignette désignant le véhicule électrique et qu’il incite lourdement à l’achat d’un tel véhicule, c’est que cette motorisation est supposée être écologique et propre. Du moins, pour ériger la voiture électrique au sommet d’un calendrier dictant l’obsolescence des motorisations essences et diesel en 2030 qui prive les conducteurs de leur libre accès à la mobilité, la voiture électrique doit impérativement surpasser les véhicules thermiques par une pollution nettement moindre.

Pour garantir la liberté de circuler de tous les conducteurs sans discrimination de motorisation, la Ligue de Défense des Conducteurs a examiné la pollution réelle de la voiture électrique, et ce n’est pas brillant…

 

I. Une voiture électrique qui pollue quand même ?

Actuellement, la voiture thermique (essence ou diesel) est accusée d’être la source de toute la pollution, et principalement le véhicule diesel, alors que la voiture électrique est portée en triomphe. Or elle pollue dans sa phase de production comme dans sa durée de fonctionnement.

A. Pollution pendant la production

Les batteries électriques sont composées de métaux rares (nickel, néodyme, graphite, cobalt, indium, prométhium ou encore tungstène). Ces métaux sont extraits puis raffinés pour pouvoir entrer dans la conception d’une batterie. Or, l’extraction et la purification de ces minerais rares pollue : pour séparer le minerai rare, un grand nombre de liquides chimiques sont utilisés et déversés. Par exemple, pour purifier les 4 kg de néodyme présents dans un véhicule électrique, il faut extraire 91 tonnes de roche1 !

La pollution liée au « tout électrique » a ainsi des conséquences sur la planète. En outre, le problème du recyclage des batteries se pose : celles-ci n’ont pas une durée de vie infinie et les métaux rares qu’elles renferment ne sont pas ou peu recyclés (certains de ces métaux rares ne sont recyclés qu’à hauteur de 1 %). Les batteries pourraient prochainement dépasser les 100 000 tonnes de déchets non recyclés par an, car leur recyclage est trop coûteux et complexe.

Ainsi, la production d’un véhicule électrique produit 50 % de CO2 en plus que la production d’un véhicule thermique1

B. Pollution lors du fonctionnement

La voiture électrique bénéficie d’un soutien institutionnel car elle ne pollue pas lors de son fonctionnement, en théorie… Or ce n’est pas tout à fait le cas. S’il est vrai que la voiture électrique n’utilise pas d’énergie fossile pour fonctionner, elle utilise une source d’énergie quand même : l’électricité. En France, l’électricité est en grande partie produite par le nucléaire (70%) qui, même s’il ne pollue pas via des gaz à effet de serre, n’est pas tout propre car il génère des déchets radioactifs. Dans d’autres pays, l’électricité est produite à partir d’énergies fossiles, de charbon lignite ou de gaz : l'électricité provient d’énergies fossiles, pour 50 % en Allemagne ou 71 % en Chine. Donc, à la place de faire le plein d’une voiture avec du pétrole, on utilise du pétrole pour faire de l'électricité qui alimente ensuite la voiture électrique.

Ensuite, comme tout véhicule, la voiture électrique n’échappe pas à la pollution issue de l’abrasion des pneus, du freinage et de la route. Il s’agit essentiellement de l’émission de particules nocives issues du freinage et de l’usure conjointe des pneus et de la route. Aujourd’hui, l’émission de ces particules fines issues du freinage représente 20% des particules émises par le trafic, et le véhicule électrique y contribue donc…

Or pour réduire la pollution issue de ces deux aspects, des solutions techniques existent.

Mais finalement, la voiture électrique est-elle non polluante ? Mérite-t-elle la vignette Crit’Air zéro ?

Pas vraiment, du coup.

D’ailleurs, il faudrait parcourir 697 612 kilomètres2 avec une voiture électrique (équipée d’une batterie de 60 kw/h) pour qu’elle commence à devenir plus verte qu’une voiture essence selon les calculs du professeur Damien Ernst, spécialiste des questions énergétiques à l’Université de Liège.

 

II. …qui compte quelques défauts…

Le véhicule électrique, au-delà de la pollution réelle qu’il engendre, possède d’autres défauts, qui ne lui sont pas totalement inhérents, mais qui limitent pourtant son usage et son développement.

A. Le prix

C’est le premier et principal écueil du véhicule électrique. Le prix d’achat des modèles de véhicules électriques les plus vendus est élevé (Renault Zoe : 32 900 euros / Nissan Leaf : 33 900 euros / BMW i3 : 42 950 euros) et très souvent beaucoup plus élevé que sa version thermique. Par exemple, la Volkswagen Golf affiche un prix oscillant entre 17 790 et 31 920 € en version thermique contre 39 560 € pour sa version électrifiée (e-Golf).

B. La batterie

Outre la problématique de la pollution issue de sa fabrication et de son recyclage, le « cœur » du véhicule électrique recueille bon nombres de critiques. Parmi ces dernières, l’autonomie est la plus importante. Effectivement, le niveau d’autonomie d’un véhicule électrique n’est pas encore capable d’égaler l’autonomie d’un véhicule thermique. Un véhicule électrique dépasse rarement les 300 kilomètres d’autonomie avec une recharge en situation réelle (hormis quelques exceptions), alors qu’un plein d’essence offre à une voiture diesel une autonomie atteignant fréquemment les 1 000 kilomètres.

Et lorsque le thermomètre descend, l’autonomie de la batterie descend aussi. Si bien qu’en période de froid, l’autonomie d’une voiture électrique peut chuter de 41 %3 ! De même, la taille et le nombre de batteries représente un réel danger sur ces véhicules. Récemment, après avoir commencé à émettre de la fumée, une BMW i8 a dû être immergée dans un bassin d’eau pendant 24h. Il semblerait qu’un incendie sur un moteur thermique bouillant soit plus simple à neutraliser qu’un départ de feu sur une batterie au lithium. D’ailleurs, Tesla affiche sur son site internet des instructions à destination des pompiers dans le cas d'un incendie sur une voiture électrique (comme surveiller le véhicule pendant 48h !).

Autre difficulté : l’obsolescence de la batterie. À l’image de l’évolution des smartphones, qui voient leur autonomie croître et qui deviennent plus performants, année après année, la batterie du véhicule électrique suit la même trajectoire. Pour exemple, la BMW i3 a vu sa batterie passer de 22,6 kWh à 33 kWh, puis 42 kWh en seulement 6 ans. Faut-il prendre le risque d’acheter un véhicule aussi cher pour voir l’autonomie de la batterie augmenter quelques années plus tard sur le même modèle ?

 

III.  …et des moyens inadaptés !

A. Le manque de formation des techniciens

Et si par malheur votre véhicule électrique tombe en panne, il faudra s’armer de patience pour le faire réparer. En effet, une étude a montré qu’au Royaume-Uni, seulement 3 % des mécaniciens et techniciens seraient capables de travailler sur la voiture électrique4 et il n'y a aucun garage indépendant qui dispose de personnels aptes à travailler sur des modèles électriques. Le même problème se pose pour la France et il faudrait nécessairement se tourner vers une concession de la marque disposant de personnel qualifié.

B. Le manque de points de recharge

Le manque d'infrastructures de recharge pour les véhicules électriques freine toujours le développement de cette motorisation en France. L’Hexagone compte près de 35 000 bornes de recharge mais une fois ce chiffre rapporté au nombre d'habitant, le bilan est plus triste... Surtout lorsqu’on s’aperçoit que seulement 6,4 % d’entre-elles sont des bornes de recharge rapides (plus de 22 kW).

 

Le développement et l’usage de la voiture électrique comportent donc bon nombre d’obstacles. Sans parler des taxes qui pourraient survenir avec le développement du véhicule électrique, et qui feraient fondre ses avantages. Le risque existe de voir le gouvernement imposer la TICPE (Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques) sur l’électricité utilisée pour recharger son véhicule, histoire de taxer encore un peu les conducteurs…

Etant donné le niveau de pollution globale actuel du véhicule électrique, qui est équivalent, voire supérieur à celui d’un véhicule thermique (de sa production à son fonctionnement), il est absurde, de la part de l’Etat, de le privilégier au détriment du véhicule thermique. La voiture électrique pollue toujours autant et compte bien des défauts, signe d’une nouvelle incohérence du gouvernement qui semble pousser les conducteurs vers un achat qu’ils ne peuvent faire en raison de son prix, du fait qu’il remplace une voiture en état de rouler et que ce type de véhicule demeure polluant. Vu que les voitures électriques ne représentent que 1,43 % des nouvelles immatriculations (une goutte d’eau dans l’océan du parc automobile français), le but de la manœuvre n’est-il pas de restreindre l’accès à la voiture de manière générale et donc la liberté de circuler, quitte à promouvoir un véhicule qui reste polluant ? Tous ces discours gouvernementaux autour de la promotion de la voiture électrique, que peu de gens peuvent s’offrir, sont bien une illustration de l’instrumentalisation de l’écologie à des fins autophobes avec pour seul but d’éradiquer la place de la voiture individuelle…

Le destin de la voiture électrique, dicté par l’État, rappelle étrangement celui du Diesel d’il y a 20 ans : érigé en sauveur, plébiscité par l’Etat, puis diabolisé…

Au lieu de faire la chasse aux véhicules thermiques, de promouvoir la voiture électrique, le gouvernement ne devrait-il pas s’attaquer aux autres sources de pollution clairement identifiées ?

 

1 Le Monde, 10-12-2018.

2 RTBF, 04-03-2019.

3 Caradisiac, 13-02-2019.

4 Caradisiac, 27-11-2018.

5 Rapport du Comité des Constructeurs Français d'Automobiles (CFFA), 2018.