31/03/2014

 

Le concept de "Naked streets" (les "routes nues" en français) se développe depuis une quinzaine d’années en Europe. Le principe ? Réduire au maximum la signalisation routière et les entraves à la circulation, en misant sur le bon sens et la responsabilisation des conducteurs. Résultat : des accidents en baisse et une circulation plus fluide.

14-01-2014NakedstreetscreditJerryMichalski

Exemple de "Naked street" à Drachten (Pays-Bas). Crédit Jerry Michalski

Auto-régulation

L’anecdote est parlante : en septembre 2011, la ville de Lausanne (Suisse) a fait l’expérience malgré elle, suite à une panne d’électricité, d’une circulation routière basée uniquement sur le bon sens et la courtoisie. En pleine heure de pointe, et sans aucun feu tricolore en fonctionnement, on aurait pu s’attendre à une « anarchie routière » et des embouteillages monstres. Or c’est tout le contraire qui s’est produit : la circulation s’est auto-régulée de manière spontanée et naturelle, donnant lieu, ce matin là, à un trafic d’une inhabituelle fluidité et sans aucun accident !
Cet exemple, survenu dans une agglomération de plus de 340 000 habitants, démontre que faire confiance aux conducteurs s’avère plus payant en matière de sécurité routière qu’une répression tous azimuts, basée sur l’interdiction et l’entrave à la circulation.

Un concept qui a fait ses preuves

Certaines villes d’Europe l’ont d’ailleurs compris depuis longtemps : aux Pays-Bas, l’ingénieur néérlandais Hans Monderman, inventeur dans les années 1970 du concept de « routes nues », a expérimenté ce dernier dans les villes de Makkinga et Drachten. Finis les panneaux de limitation de vitesse, stop et autres signalisations routières : seule subsiste la règle de la priorité à droite et celle de ne pas couper la route à un autre véhicule. En 2006, Drachten (50 000 habitants) a ensuite supprimé 16 de ses 18 feux tricolores. Résultat : les accidents survenus à des croisements sont passés de 36 en quatre ans dans la ville à seulement deux durant les deux années suivant la mise en place de ce nouveau système. Idem pour les embouteillages : le temps de traversée de l’un des carrefours les plus fréquentés de Drachten, avec 22 000 véhicules/jour, est ainsi passé de 53 secondes à entre 24 et 36 secondes. Edifiant, non ?

Des conducteurs naturellement responsables et vigilants

La raison est simple : en limitant la signalisation routière à son strict minimum, les conducteurs ne sont plus distraits par une multiplicité d’indications et se focalisent sur la route, en adaptant leur conduite à l’environnement dans lequel ils évoluent. Fini l’œil rivé sur le compteur, plus d’obstacle à la conduite : le conducteur est responsabilisé, et se montre de ce fait plus attentif. Exemple : alors qu’un enfant traversant par mégarde une rue pendant que le feu est vert aura de fortes chances de se faire renverser par une voiture, celle-ci avançant mécaniquement en réagissant au signal envoyé par le feu tricolore, ce type d’accident aura beaucoup de moins de risques de se produire en l’absence de signalisation routière, le conducteur se montrant alors plus vigilant en abordant une intersection.

Et la France dans tout ça ?

Fort du succès des expérimentations néerlandaises, le principe de « Naked streets » est maintenant mis en place dans de nombreux pays, notamment grâce au soutien du programme européen « Shared space » lancé en 2004 : Danemark, Allemagne, Belgique, Australie... C’est le cas également dans plusieurs villes du Royaume-Uni et ce même à Londres, dans les célèbres (et très fréquentées) Exhibition Road et Kensington High Street. Dans cette dernière, le nombre d’accidents est passé de 71 à 40 par an, soit une diminution de 44%, et le nombre de piétons renversés est passé de 26 à 9 par an.
A quand de telles expérimentations en France, alors qu’elles ont déjà fait leurs preuves dans de nombreux pays ? Les pouvoirs publics auront-t-ils à leur tour le courage politique de mettre fin à un système de répression injuste et absurde et de le remplacer par celui d’une conduite responsable ?