12/11/2020

Alors que le Projet de loi des finances prévoit de consacrer 186 millions d’euros à l’entretien et l’achat de radars pour 2021, un autre sujet pour la sécurité routière – vraiment crucial, celui-ci – mériterait davantage d’attention et de financements de la part du gouvernement : l’entretien de nos routes. Dans son étude « Dégradation des routes en France : il est urgent d'agir », réactualisée en octobre 2020 pour mieux s’inscrire dans les priorités qui s’imposent à notre pays en pleine crise économique et sanitaire, la Ligue de Défense des Conducteurs revient sur l’inquiétant recul de la qualité de nos routes et esquisse des solutions pour y remédier. Des solutions qui seront bénéfiques à tous.

« Le sous-investissement fut manifeste pendant des décennies ». Ces mots sont écrits par Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué chargé des Transports, en réponse à Pierre Cordier, député des Ardennes, qui interpellait le chef de l’État sur l’urgence à réhabiliter les routes françaises, dont l’état se dégrade chaque jour.

Le résultat de ce sous-investissement du réseau routier sur le long terme, c’est la chute de la France en 18e position du classement mondial établi par le World Economic Forum en 2019, consacré à la qualité des infrastructures routières. Un an plus tôt, notre pays était placé en 7e position, et même en 1ère position en 2008… Le résultat, c’est aussi qu’un euro non investi dans l’entretien des routes aujourd’hui peut entrainer plus de dix euros de dépenses dans les quelques années à venir (1). Le report des travaux engendre donc des coûts exponentiels. Mais le résultat, surtout, c’est que selon l'Observatoire national interministériel de la Sécurité routière, 26 % des accidents mortels impliquent au moins un facteur infrastructure (données 2015). Ce dernier point est intolérable, pour la Ligue de Défense des Conducteurs.

Tous victimes de la dégradation des routes

Pourtant, en France, la route est utilisée lors de 88 % des déplacements de voyageurs et de marchandises. Le réseau routier, dont la valeur est estimée par l’Union routière de France à plus de 2 000 milliards d’euros (soit une année de PIB), joue donc un rôle essentiel dans l’économie du pays. De sa qualité dépend aussi la sécurité des usagers, qu’ils se déplacent sur deux ou quatre roues…

Logiquement, la détérioration du réseau routier inquiète chaque jour davantage les 1,1 million de sympathisants de la Ligue de Défense des Conducteurs. Dès 2013 d’ailleurs, notre association est devenue un acteur majeur de la sécurité routière, en développant le premier réseau communautaire de signalement des zones dangereuses du réseau routier, baptisé Activ’Route (près de 7 500 signalements ont été effectués depuis).

Agir, le mot-clé de l’étude de la Ligue de Défense des Conducteurs

Cette implication de la Ligue de Défense des Conducteurs dans le sujet de la dégradation des routes, légitimée par ses conséquences sur la sécurité routière, nous a encouragés à aller plus loin, avec cette étude consacrée à l'urgence de remédier à la dégradation progressive du réseau routier français. Le moment est d’autant mieux choisi que dans le cadre du Projet de loi des finances 2021, le gouvernement prévoit de consacrer 186 millions d’euros à l’entretien des radars et à l’achat de nouveaux équipements de répression… alors que l’urgence se situe bien évidemment ailleurs.

Intitulée « Dégradation des routes en France : il est urgent d’agir » et réactualisée en octobre 2020, notre étude effectue à la fois un état des lieux du réseau routier, identifie l’origine de l’aggravation de la situation - le manque d’investissements – et en décline les conséquences sur la sécurité routière, l’environnement, les coûts d’entretien des véhicules… Enfin, la Ligue de Défense des Conducteurs, en collaboration avec le syndicat professionnel Maintenance des routes de France (MRF), avance la possibilité de réaliser un audit du réseau routier, à l’aide de technologies modernes qui permettront d’obtenir un diagnostic de qualité. Mais surtout, nous ébauchons ensemble de premières pistes pour un financement des travaux à réaliser, afin de revenir à un état des routes en adéquation avec des objectifs de sécurité routière, où le facteur infrastructure ne pèsera plus aussi lourd sur les statistiques d’accidents mortels.

Jusqu’à 17 000 emplois à la clé

Pour ce faire, nous avons évalué l’investissement nécessaire à l’entretien des routes à 14 milliards d’euros – ce qui correspond aux dépenses annuelles courantes dédiées aux infrastructures – et estimé, sur la base des informations de l’Observatoire national de la route, que 44 % du réseau est en mauvais état ou nécessite un entretien. Tenant compte de ces postulats, nous proposons, de concert avec MRF, que les collectivités et l’État financent l’entretien de leurs infrastructures au moyen d’obligations vertes (« Green Bonds »).

Selon le ministère de la Transition écologique, ces emprunts « verts » contribuent à « financer des projets contribuant à la transition écologique […], plus particulièrement les investissements en infrastructures ». En effet, des routes en meilleur état détériorent moins les véhicules et engendrent moins de réparations, tandis que réaliser des travaux plus durables permettent de réduire… les travaux. Grâce à ce cercle vertueux, les émissions de CO2 sont réduites. Mais selon Jean-Max Gillet, délégué général du syndicat professionnel Maintenance des routes de France, l’objectif des obligations vertes n’est pas seulement l’efficacité environnementale. L’emploi et les économies budgétaires seront aussi au rendez-vous : « Quand bien même des travaux conformes auraient un coût immédiat supérieur à 10 ou 15 % aux travaux habituellement commandés, leur durée de vie étant augmentée de 50 % (au minimum), le gestionnaire réaliserait encore une économie d’au moins 30 % ! » Cette stratégie permettrait par ailleurs d’augmenter l’activité économique dans le secteur des travaux publics et de créer jusqu’à 17 000 emplois (4 000 à 4 500 techniciens et ingénieurs, 9 500 à 12 500 personnes attachées aux activités de maintenance préventive et curative). Par ailleurs, le taux de financement des obligations vertes sera inévitablement très inférieur à celui de la dette grise (entre 16 et 25 % par an), ce passif financier qui s’accumule parce qu’on n’effectue pas l’entretien du réseau au moment opportun. Les économies seront immanquablement au rendez-vous (4 milliards d'euros sur onze ans par rapport au financement budgétaire linéaire habituel, selon les calculs de MRF), tandis que la qualité des infrastructures routières sera améliorée.

Notre constat, introduit par Stéphane Levesque, directeur de l’Union routière de France, notre passage en revue de diverses études alarmistes consacrées au réseau non concédé (géré directement par l’État) et aux ouvrages d’art, notre conclusion, rédigée en collaboration avec le syndicat Maintenance des routes de France et ouvrant la possibilité de financer à la fois l’entretien des routes et de vérifier la bonne utilisation des fonds (réalisation des travaux en conformité avec le cahier des charges, par exemple), sont autant de sujets que vous trouverez traités dans notre étude.

L’objectif de la Ligue de Défense des Conducteurs est d’alerter et sensibiliser les élus, les médias et les usagers de la route à l’urgence de préserver ce patrimoine inestimable et d’assurer la sécurité de tous. Mais notre travail de compilation, de recherche et de rencontres avec des experts ne débouche pas seulement sur un cri d’alarme. En relayant les propositions du syndicat professionnel Maintenance des routes de France, il nous permet également d’apporter des solutions pour rationaliser les coûts d’entretien et de réparation de notre réseau routier, avec une stratégie d’investissement adaptée à une situation économique critique.

« Dégradation des routes en France : il est urgent d’agir », à télécharger ici.

(1) Source : Nextroad, leader français indépendant de l’ingénierie routière.