19/02/2020

Audits, rapports parlementaires, classements mondiaux, tous pointent du doigt la dégradation du réseau routier français. Nous, automobilistes, la subissons au quotidien. Pourtant, la qualité des routes joue un rôle déterminant dans la sécurité routière... Dans sa nouvelle étude, la Ligue de Défense des Conducteurs analyse les causes, évalue les risques et suggère la réalisation d'un audit national. Premier résultat concret ? Le soutien de trente-cinq députés, qui viennent de déposer une proposition de résolution à l'Assemblée nationale, prônant la création d'une commission d'enquête.

 

 

La route constitue toujours le principal mode de déplacement des Français : elle est utilisée lors de 88 % des déplacements de voyageurs et de marchandises. L’Union Routière de France, elle, estime la valeur de la « route » (y compris les équipements et panneaux) à une année de PIB de notre pays, soit plus de 2 000 milliards d’euros. Pourtant, l’état de santé de ce véritable trésor national suscite beaucoup d'inquiétude.

 

Le constat : notre réseau routier se dégrade de façon criante

Dans son étude, la Ligue de Défense des Conducteurs s'appuie d'abord sur un audit du réseau routier national non concédé (donc géré directement par l’État) réalisé courant 2018 par les bureaux d’études indépendants Nibuxs et IMDM1 pour le compte, notamment, de la Direction des Infrastructures de Transport (DIT). Lequel démontre que plus de la moitié (53 %) des routes de ce réseau nécessite un entretien urgent.

Du côté des ponts, la situation n'est pas meilleure. En effet, les sénateurs Hervé Maurey, Patrick Chaize et Michel Dagbert, dans leur rapport daté de mi-20192, mettent en avant qu’en France, au moins 25 000 de ces édifices sont « en mauvais état structurel » et posent des « problèmes de sécurité et de disponibilité pour les usagers ».

Enfin, le classement mondial de la qualité des routes du World Economic Forum porte le coup de grâce : alors qu'en 2012, la France voyait son réseau figurer en pole position, devant 143 autres pays, elle ne se situe plus, en 2019, qu'à la 18e place.

Les conclusions de ces différentes études sont alarmantes, puisqu’elles font état d’une dégradation de toutes les composantes de l’infrastructure routière (chaussées, ouvrages d’art et équipements routiers) et dénoncent l'intervention à retardement des services dédiés.

 

La cause : le manque flagrant d’investissements

L’audit Nibuxs/IMDM de 2018 déjà cité ci-dessus montre qu’entre 2012 et 2016, les dépenses annuelles additionnées pour le réseau routier non concédé sont tombées de 17,3 à 13,4 milliards d’euros. Ce désinvestissement a d'ores et déjà des conséquences très concrètes : le 15 mai 2018, l’affaissement du viaduc de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) avait ainsi entraîné la fermeture d’une partie de l’autoroute A15 pendant six mois. Le rapport d’information des sénateurs Maurey, Chaize et Dagbert s'avère lui aussi sans concession, dénonçant la fluctuation des crédits dédiés à l’entretien courant des seuls ouvrages d’art : "L’État, qui a consacré en moyenne 45 millions d’euros par an à son patrimoine d’ouvrages d’art depuis dix ans, doit en consacrer plus du double dans les dix prochaines années pour enrayer sa dégradation ».

Du côté des collectivités territoriales aussi, les investissements consacrés à l'entretien des routes sont en baisse (- 30 % entre 2013 et 2017). Le léger rehaussement de ces budgets, constaté en 2018 et 2019, est malheureusement insuffisant pour enrayer la dégradation générale des voies.

 

La conséquence : un impact négatif sur la sécurité routière, la pollution et les coûts d'entretien

Selon l’ONISR, le facteur infrastructure est impliqué dans 26 % des accidents mortels3. Des statistiques officielles, cependant rarement évoquées par la Sécurité routière. Elles proviennent pourtant des incontestables "BAAC" (Bulletins d’analyse d’accident corporel de la circulation), remplis par les forces de l'ordre constatant les accidents…

Selon différentes études scientifiques internationales, le mauvais état de la route induit également une hausse de la consommation de carburant, des rejets de CO2, des émissions sonores, du budget consacré à l’entretien et à la réparation des véhicules. Les pneumatiques, amortisseurs ou suspensions peuvent aussi être endommagés, dégradant la tenue de route.

 

La solution : un audit de l’intégralité du réseau routier français

Pour la Ligue de Défense des Conducteurs, cette revue générale des routes de France, que nous considérons nécessaire et cruciale (les milliers de signalements de nids-de-poule, défauts de signalisation et autres dégradations de la chaussée que vous effectuez sur notre site www.activroute.fr en sont la preuve), aurait pour objet :

  • de mesurer la dégradation de l’intégralité du réseau routier (national, national non-concédé, autoroutier, départemental et communal), des ouvrages d’art et des équipements routiers et ses conséquences en matière de sécurité routière pour chaque département,
  • d’évaluer les moyens financiers nécessaires à la remise en état intégrale du réseau routier français,
  • enfin, à la lumière des politiques conduites à l’étranger, de proposer les outils à mettre en œuvre dans le cadre d’un grand programme de rénovation du réseau routier français.

 

La route, voie de communication, vecteur de mobilité et de lien social, régit la vie des territoires français. Parallèlement, une politique de sécurité routière efficace doit s’appuyer sur trois facteurs : le conducteur, le véhicule et, donc, l’infrastructure.

Cet audit du réseau routier, la France en a besoin, afin de mesurer les urgences, les besoins et les actions à mener pour retrouver sa place en tête du classement mondial de la qualité des infrastructures routières. Cette alerte que la Ligue de Défense des Conducteurs lance, dans le cadre de son étude et des constats effectués, a déjà porté ses fruits. Pierre Cordier, député des Ardennes, avec trente-quatre autres députés*, a ainsi déposé une proposition de résolution le 30 janvier 2020 (http://www.assemblee-nationale.fr/15/propositions/pion2627.asp) à l'Assemblée nationale, tendant à la création d'une commission d'enquête sur l'état du réseau routier français.

 

 

 

Pour consulter l’étude détaillée de la Ligue de Défense des Conducteurs, cliquez ici.

Pour signaler une dégradation du réseau routier près de chez vous : www.activroute.fr

 

*Pierre Cordier, Emmanuelle Anthoine, Valérie Bazin-Malgras, Valérie Beauvais, Valérie Boyer, Bernard Brochand, Fabrice Brun, Dino Cinieri, Marie-Christine Dalloz, Olivier Dassault, Julien Dive, Jean-Pierre Door, Virginie Duby-Muller, Annie Genevard, Michel Herbillon, Patrick Hetzel, Brigitte Kuster, Véronique Louwagie, Jean-Louis Masson, Jean-François Parigi, Eric Pauget, Guillaume Peltier, Bernard Perrut, Bérengère Poletti, Alain Ramadier, Frédéric Reiss, Jean-Luc Reitzer, Martial Saddier, Raphaël Schellenberger, Jean-Marie Sermier, Laurence Trastour-Isnart, Isabelle Valentin, Michel Vialay, Stéphane Viry et Eric Woerth.

 

1 Bureaux d’études Nibuxs et IMDM, Audit externe sur l’état du réseau routier national non concédé et la politique d’entretien de ce réseau, Ministère de la transition écologique et solidaire, juin 2018.

2 Maurey, H., Chaize, P., & Dagbert, M. Sécurité des ponts : éviter un drame, Rapport d’information du Sénat, 26 juin 2019.

3 Observatoire National Interministériel de la Sécurité Routière, La sécurité routière en France, Bilan de l’accidentalité de l’année 2018, Direction de l’information légale et administrative, Paris, 2019, p. 150-152.