03/02/2020

« Bilan historique », « chiffres historiquement bas »… Ces termes vous semblent familiers ? C’est normal, pour décrire le bilan de la sécurité routière 2019, le gouvernement ressort sa communication de 2018, et elle est toujours aussi trompeuse ! Rien d’étonnant quand on sait que le pouvoir en place doit trouver un moyen de justifier une politique de sécurité des conducteurs inefficace. Décryptage.

Par rapport à l’année passée, pour présenter le bilan de l’accidentalité de l’année 2019, les seuls changements sont l’interprète et le décor, le discours du gouvernement restant le même (toujours sur une aire d’autoroute mais dans l’Essonne cette fois). À la place d’Édouard Philippe, c’est le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner qui s’y colle en ce 1er février. Là s’arrêtent les différences, car le discours, défendant le 80 km/h et arguant que le bilan de la sécurité routière de l’année écoulée est le meilleur de tous les temps, est le même que pour 2018. Et toujours inexact, comme la Ligue de Défense des Conducteurs se fait fort de vous le prouver ici.

 

3 493 décès en 2019 : un bilan toujours pas historique

Effectivement, si la baisse de 0,3 % de la mortalité routière en 2019 par rapport à 2018 (soit 9 vies épargnées selon les calculs du gouvernement) en fait statistiquement l'année la moins noire en France métropolitaine, il ne faut pas oublier l’Outre-Mer. Quand ces données supplémentaires sont comptabilisées (254 personnes décédées en 2019 contre 240 en 2018), le total atteint 3 493 décès pour 2019, mais 3 488 pour 2018 et même 3 427 pour 2013. Ce bilan étant provisoire, il convient de faire preuve de retenue, surtout lorsqu’il s’agit de victimes.

 

Le 80 km/h encore présenté en sauveur des conducteurs

Encore une fois, un membre du gouvernement, en l'occurrence Christophe Castaner, s’emballe à propos des chiffres de la sécurité routière : serait-ce la même stratégie que l’année passée pour défendre le 80 km/h ?

Apparemment oui, car le ministre de l’Intérieur s’est empressé d’attribuer ces résultats au 80 km/h. Même si, pour l’instant, l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) ne semble pas disposer de données précises lui permettant de conclure sur les effets du 80 km/h. Les conclusions sont en effet établies uniquement sur la catégorie « hors agglomération » et « hors autoroute », soit des routes qui comportent aussi bien des limitations de vitesse à 30, 50, 70, 80, 90 que 110 km/h. Tant que les données liées au 80 km/h ne seront pas isolées dans les statistiques de l’ONISR, il serait présomptueux de mettre en avant les performances de cette limitation de vitesse, surtout quand celle-ci est très loin de "l’efficacité" attendue au départ (d'après les calculs propres à l'ONISR, difficiles à confirmer, sur l'année 2019, 211 vies auraient été épargnées sur le réseau secondaire, contre une prévision de 400 par an).

Cette "communication promotionnelle" du 80 km/h serait-elle un signal envoyé aux Présidents de conseils départementaux pour les dissuader de relever la vitesse de leurs routes à 90 km/h ? Par ce biais, le gouvernement espère sans doute accroitre la pression sur ces élus de terrain et éviter qu’ils suivent l’exemple récent de la Corrèze et du Cantal, lesquels repassent l’intégralité de leur réseau routier à 90 km/h. Il est vrai que leur initiative risque de discréditer complétement cette mesure tant controversée.

 

Et l’efficacité des radars dans tout ça ?

Suite à diverses dégradations, les radars n’ont pas fonctionné pendant une bonne partie de l’année 2019, pourtant la mortalité routière a légèrement baissé. Il semblerait donc que les Français, privés de ces engins répressifs, ont su maîtriser leur comportement au volant et se montrer raisonnables. Un constat que Christophe Castaner se garde bien de signaler…

 

Pour la Ligue de Défense des Conducteurs, la solution pour réduire la mortalité routière serait bel et bien de faire confiance aux conducteurs. Entre autres, donc, de revenir totalement au 90 km/h et de mettre un coup de frein à la politique répressive du gouvernement.

Suivant cette logique, nous persistons à réclamer un vrai retrait du 80 km/h et appelons tous les conducteurs de France à dire « STOP aux Radars ! ».