01/06/2020

Après 55 jours de confinement et quelques semaines de reprise plus ou moins normale de nos activités, nous avons presque retrouvé notre liberté de circuler d'avant, en tout cas à l'intérieur de nos frontières. Nous sommes désormais tout proches de la fin de « l’expérimentation » du 80 km/h. Maintenons toujours ce sujet au premier plan, ne laissons pas au gouvernement l’occasion de considérer cette mesure inepte comme acquise… Avec la Ligue de Défense des Conducteurs, menez le combat jusqu'au bout !

Le coronavirus aura occulté, pour un temps, le discours lénifiant du gouvernement sur la fausse corrélation « 80 km/h = moins de tués sur la route ». Mais dès que nous pourrons reprendre le volant, ne doutons pas un instant que cette même rhétorique reprendra du service… Sans transition, l’expérimentation de cette baisse de vitesse, annoncée pour deux ans le 1er juillet 2018, se terminera quelques semaines après la fin du confinement.

Pour qu’il ne soit pas trop tard, prenons les devants et rappelons les multiples raisons pour lesquelles l’abaissement de la vitesse n’est ni pertinent, ni efficace. Au point d’ailleurs que, comme la Ligue de Défense des Conducteurs vous le fait savoir au jour le jour, grâce à une veille très active de l’actualité, près de trente départements ont déjà décidé de repasser tout ou partie de leur réseau à 90 km/h, comme les y autorise la loi LOM sur les mobilités, votée fin décembre 2019.

Le gouvernement aveuglé par la vitesse

Tout d’abord, les tristes chiffres de 2019 l’attestent, le nombre de personnes qui ont perdu la vie sur la route n’a pas diminué par rapport à 2018. Un résultat que le gouvernement, toujours lui, met sur le dos de la vitesse et de la destruction des radars. Trop facile ! Nous savons tous que les causes d’accident peuvent être multiples : consommation d’alcool ou prise de stupéfiants, inattention, endormissement, inexpérience, routes dégradées, véhicule défectueux, chaussée glissante... La réduction systématique au seul facteur vitesse ne tient pas. « Si l’on regarde les statistiques dans le détail, les accidents ne sont pas seulement dus à la vitesse, analyse Patrick Septiers, Président du département de Seine-et-Marne, revenu au 90 km/h. Il y a le téléphone, l’absence du port de ceinture, les conduites dangereuses. Il faut un vaste plan global en faveur de la sécurité routière, une action qui ne se limite pas à la baisse généralisée de la vitesse ». Christophe Ramond, Président du Tarn qui, lui, ne demande qu’à repasser au 90, renchérit : « La formation au permis de conduire n'est pas adaptée. On apprend uniquement aux futurs conducteurs à respecter le code de la route, pas à adopter les bons réflexes en cas d'urgence ! Comme pour le permis moto, apprendre à maîtriser son véhicule, ce serait un atout supplémentaire ».

La Corrèze, l’un des deux départements de France à être totalement repassé à 90 km/h, publie quant à elle, sur son site internet, des statistiques transparentes,  réalisées à partie des fiches rédigées par les forces de l’ordre elles-mêmes. On le voit ci-dessous, rien ne vaut le « retour terrain » pour juger des causes des accidents et comprendre en un clin d'œil en quoi l'abaissement généralisé à 80 km/h, par temps sec, était une réponse doctrinaire et inadaptée.

Chiffres et mauvaise foi

Les arguments avancés par la Sécurité routière dans ses bilans d’accidentologie « hors agglomération » et « hors autoroutes » amalgament tous les types de routes mais aussi… toutes les limitations de vitesse, allant de 30 à 110 km/h, puisque concernant aussi bien des zones de travaux que des nationales en 2 fois 2 voies, en passant par les départementales ! Tant que les données liées au 80 km/h ne seront pas isolées dans les statistiques, il restera présomptueux de mettre en avant les performances de cette limitation de vitesse…

En revanche, l’Etat français se garde bien de mentionner l’exemple des pays voisins. Au Royaume-Uni et en Irlande, où les automobilistes peuvent rouler à près de 100 km/h sur le réseau secondaire, on compte respectivement 28 et 31 décès sur la route par million d’habitants. La France en déplore 48… Chez les autres « bons élèves » de la sécurité routière (Allemagne, Espagne, Autriche…), la vitesse est limitée entre 90 et 100. Avec, encore, toujours, de meilleurs résultats d’accidentologie que nous.

Conséquences catastrophiques

Que celui qui ne s’est pas déjà surpris à rouler légèrement au-dessus de la limitation de vitesse jette la première pierre ! On le sait à travers les témoignages de nos sympathisants, cela arrive aux conducteurs les plus respectueux du Code de la route. Or, impossible d’attendre de la mansuétude et de la compréhension dans le regard froid et indifférent d’un flash de radar automatique… Le risque est grand de voir ses points s’envoler, petit à petit. Quand on sait que, déjà, 680 000 personnes roulent sans ce précieux document en France, inutile d’en ajouter davantage ! Surtout quand on connaît les conséquences sociales et économiques de la perte de son permis.

L’un des autres graves problèmes engendrés par le 80 km/h, ce sont nos yeux, rivés sur le compteur ou le GPS. Car aucun d’entre nous ne veut servir de proie aux radars-rapaces… Sauf qu’on ferait mieux de regarder la route. Implanter des panneaux 80 sur des tronçons déjà saucissonnés par des changements multiples ajoute à la confusion. L’un des sympathisants de la Ligue de Défense des Conducteurs nous alerte par exemple sur la Départementale 2371, entre Montluçon et Montmarault (Allier), où il a constaté 25 consignes de changement de vitesse (30, 50, 70, 80, 90 km/h) en… 28 kilomètres !

Quitte à énumérer les dangers de cette limitation à 80, mentionnons le fait que désormais, les automobilistes roulent à la même vitesse que les poids lourds et les conducteurs les moins expérimentés, sans distinction. Impossible de les doubler, avec les risques et l’impatience que cela provoque.

Pour que la bonne info chasse la mauvaise

Non, évidemment, le 80 n’a pas fait ses preuves, et s’est même révélé totalement inefficace ! Au contraire des véhicules récents, qui protègent de mieux en mieux leurs passagers, ou des services d’urgence, toujours plus prompts à rejoindre les lieux des accidents… En revanche, il y aurait beaucoup à dire sur l’entretien des routes, auquel la Ligue de Défense des Conducteurs a consacré une longue étude, démontrant chiffres à l’appui le désengagement de l’Etat, qui les laisse se dégrader au mépris de la sécurité routière. Mépris, voire cynisme, quand on entend l’ex-délégué interministériel, Emmanuel Barbe, expliquer droit dans ses bottes que « Quand les routes sont en mauvais état les gens roulent doucement… »

La Ligue de Défense des Conducteurs ne se lassera pas de le répéter, le 80 km/h est un non-sens qu’il faut continuer à combattre coûte que coûte ! Le risque est trop grand de voir l’Etat adopter cette mesure de façon définitive et ce, dès le 1er juillet. Il n’y a qu’à voir ses tentatives d’intimidation auprès des élus locaux désireux de repasser leur réseau à 90 km/h, depuis le début de l’année, pour être convaincu de cet objectif.

Préparons le monde de "l'après-coronavirus" dès aujourd’hui en prévenant nos instances gouvernementales que nous ne baisserons pas la garde. Notre association continue donc de peser de tout son poids pour exiger un total retrait du 80 km/h, entre autres à l’aide de notre nouveau « hashtag » #2020STOP80 auquel nous ferons désormais référence dès que nous parlerons de ce sujet de mobilisation. Grâce à ce mot-clé, nous allons regrouper nos discussions sur internet et faciliter le partage de nos analyses et informations. Faites-le circuler, à vous d’en user et d’en abuser sur les réseaux sociaux !