14/01/2020

Alors que se succèdent les départements annonçant leur retour, intégral ou partiel, au 90 km/h, le gouvernement veut reprendre la main sur ce qui apparaît de plus en plus comme un désaveu. Comme d’habitude, c’est Emmanuel Barbe que le gouvernement envoie au front. Avec, encore et toujours, les mêmes arguments biaisés que nous ne nous lasserons jamais, nous non plus, de démonter.

 

Depuis début janvier, une douzaine de départements ont officiellement annoncé le nombre de kilomètres qui, sur le réseau dont ils ont la responsabilité, abandonneront le 80 km/h pour un retour à 90 km/h. Dernière en date, la Côte-d’Or, avec plus de 1 000 kilomètres qui « rebasculent ». Pour le moment, cependant, ce ne sont que 12 000 km (sur les 900 000 concernés sur le territoire) qui reviennent à la vitesse initiale.

N’empêche, pour le gouvernement, ça commence à ressembler à un désaveu. Au point que Le Figaro dévoile, dans son édition du 10 janvier, que « l’Etat va bientôt adresser une circulaire aux préfets leur indiquant la position à suivre. En somme adopter une ligne dure ». Première étape pour rappeler à l’ordre les brebis égarées (ou près de s’égarer, du point de vue d’Edouard Philippe !), la prise de parole d’Emmanuel Barbe dans le quotidien La Dépêche de son édition du 14 janvier. Le délégué interministériel à la sécurité routière, comme il fallait s’y attendre, avance en premier lieu l’argument des « vies sauvées ». Un nombre qu’il établit à 206 entre juillet 2018 et juillet 2019. Sur quoi base-t-il son calcul ? Sur les tronçons « hors agglomérations » et « hors autoroutes », amalgamant les routes réellement limitées à 80 km/h aux autres. A la Ligue de Défense des Conducteurs, nous n’avons jamais cessé de réclamer ce distinguo car sans ces chiffres détaillés, comment prouver que le passage de 90 à 80 km/h a réellement permis de sauver des vies ? Une demande que les parlementaires, eux aussi, ont exprimée à de nombreuses reprises, en vain.

Ensuite, Emmanuel Barbe avance l’argument éculé du « 1 % de baisse de la vitesse moyenne, c’est 4 % de morts en moins ». Un calcul absurde qui, mené à son terme, viendrait à prouver qu’à 67,5 km/h, plus personne ne décéderait sur la route… Sans compter que cette formule, imaginée par Goran Nilsson, visait à établir l’impact du passage à la circulation à droite en Suède, alors que ce pays roulait à gauche, à l’anglaise, jusqu’en 1967.

 

Des conditions draconiennes pour revenir à 90 km/h

Par ailleurs, Emmanuel Barbe parle de « conditions » à remplir pour revenir à 90 km/h, émises par le Conseil national de la sécurité routière (tronçons longs de plus de 10 km, sans arrêts de transport en commun ou traversée de hameaux ni circulation d'engins agricoles, larges zones de « récupération » et de « sécurité », etc). Or, il ne s’agit que de recommandations, suffisamment dissuasives en effet pour que de nombreux départements, initialement volontaires pour revenir à 90 km/h, finissent par jeter l’éponge. Mais qui n’ont rien d’obligatoires (le ministère de l’Intérieur parle « d’avis éclairé »), ce qui explique qu’a contrario, certains départements choisissent de rétablir cette limitation de vitesse à tout le réseau concerné.

Comble du cynisme, dans son interview à La Dépêche, Emmanuel Barbe n’hésite pas à dire, parlant du président du département de la Haute-Marne (mais s’adressant en réalité à ceux qui hésitent encore) : « Assumer la responsabilité de ça [sous-entendu, le retour à 90 sur des portions qui n’ont pas été « validées » par la sécurité routière], c’est bien, mais si des gens meurent… » Était-ce donc cela l’objectif, se dédouaner de toute responsabilité en cas d’accident ? Sans oublier de continuer à imputer tous les accidents à la vitesse, peu importe les conditions météorologiques, la nuit, l’alcool, la drogue ou encore la dégradation des routes comme facteurs aggravants ?

Jamais fatigué, Emmanuel Barbe se félicite, toujours dans la même interview, du déploiement de nouveaux radars. On sent même une pointe de jalousie lorsqu’il ajoute que dans de nombreux pays, « il y en a bien plus que chez nous ». On dirait qu’il en garde « encore sous le pied », si l’on ose user de cette métaphore automobile. Mais à la Ligue de Défense des Conducteurs aussi, nous conservons l’énergie nécessaire pour combattre la stigmatisation systématique de la vitesse. Comptez sur nous.

Pour signer notre pétition « Pour un vrai retrait du 80 km/h », cliquez ici : https://mobilisezvous.liguedesconducteurs.org/dolance-anti-80-kmh/