22/01/2018

La décision du Premier ministre de réduire à 80 km/h la vitesse sur le réseau routier secondaire a surpris car elle ne figurait pas dans le programme du candidat Macron. En outre, cette décision a été prise sans prendre l’avis du Parlement, ni tenir compte des retours d'expérience en France comme chez nos voisins, ni écouter les doléances des conducteurs. Retour sur une méthode qui témoigne d’un déficit d’écoute qui sera lourd de conséquences.

Le processus qui a mené à la généralisation du 80 km/h est significatif de la faible prise en compte par le gouvernement des nombreux interlocuteurs qui auraient pu lui fournir des éclairages sur ce sujet, dans la perspective d’une politique de sécurité routière menée avec les conducteurs, et non pas contre eux.

Tout d’abord, le Président de la République, lorsqu’il était encore candidat, en 2017, n’était pas favorable à cette réforme : il acceptait de diminuer, à certains endroits dangereux, la vitesse à 70 km/h mais ne promouvait pas la généralisation du 80 km/h sur route. Emmanuel Macron s’orientait plutôt vers des contrôles et un meilleur entretien des routes. C’est donc au Premier ministre qu’est revenue la charge d’assumer ce revirement.

Entre temps, des articles de presse parus début décembre 2017, ont préparé les esprits à un probable passage à 80 km/h, ainsi qu’à d’autres mesures. L’annonce officielle de cette décision était alors prévue pour le 18 janvier 2018. Le 19 décembre a même été révélée une note de la Sécurité routière aux préfets : ce document leur fournissait déjà les arguments - fallacieux - en faveur d’une diminution de la vitesse réglementaire !

Dans ce contexte, le Premier ministre Edouard Philippe a déclaré, le 11 décembre, qu’il était favorable « à titre personnel » au 80 km/h.

Face à la levée de boucliers déclenchée par ses annonces, et pour court-circuiter la mobilisation des conducteurs – à commencer par les 2,1 millions de signataires à la pétition de la Ligue de Défense des Conducteurs "Non à la baisse des limitations de vitesse" – le Premier ministre accélère encore son calendrier de réformes déjà réduit à peau de chagrin , en avançant d'une semaine la convocation du Conseil interministériel de sécurité routière (CISR), quelques jours seulement après la trêve des confiseurs.

Le 7 janvier 2018, enhardi, il déclare accepter d’être impopulaire en prenant une telle mesure. Et enfin le 9 janvier, devant le CISR, il formule 18 mesures concernant la route, parmi lesquelles le 80 km/h. L’essentiel des mesures présentées ce jour-là avait été éventé dans les médias dans les jours précédents. Au lieu d’être une force de proposition, ce CISR fut donc une sorte de chambre d’enregistrement.

Une autre importante erreur de méthode fut de ne pas publier les résultats de l’expérimentation de deux ans du 80 km/h sur trois tronçons routiers, achevée le 1er juillet 2017. Or cette étude aurait pu fournir des éléments scientifiques permettant de déterminer si la généralisation du 80 km/h était souhaitable ou non. En outre, des travaux d’amélioration de la chaussée sur les tronçons concernés ont modifié les conditions de l’expérimentation, de sorte qu’il serait difficile de savoir si les résultats doivent être attribués à la baisse de vitesse ou aux travaux de sécurité. En effet, dans ce dernier cas, il aurait plutôt fallu annoncer un plan de relance de l’entretien des routes ! Cependant le bilan de l’étude n’a expressément pas été déterminant dans la décision du Premier ministre.

Même le personnel politique n’a pas été écouté : ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard a ainsi exprimé au CISR son opposition au 80 km/h sur les routes nationales et départementales. De même, Thierry Benoît, député de Fougères, a porté auprès du premier ministre la voix des territoires mal desservis par les infrastructures de transports. D’autres députés avaient auparavant posé des questions écrites au gouvernement : il s’agissait notamment d’élus dont la circonscription se trouvait concernée par l’expérimentation du 80 km/h. De même, 51 sénateurs ont demandé au gouvernement les résultats de cette expérimentation. Malgré toutes ces initiatives, le 80 km/h a été mis en place indépendamment du Parlement.

La Ligue de Défense des Conducteurs avait écrit une lettre ouverte au Président de la République contre la généralisation du 80 km/h. Depuis le passage de cette mesure, l’association a largement diffusé un avis de protestation au Premier ministre sur ce sujet. De nombreux conducteurs ont immédiatement saisi cette chance d’exprimer directement leur mécontentement au responsable de cette décision. La Ligue de Défense des Conducteurs sera également reçue à Matignon dans les prochains jours pour porter la parole de ceux qui souhaitent de vraies solutions pour assurer la sécurité de tous sur les routes : le Premier ministre doit comprendre que les Français, massivement opposés à l'abaissement à 80 km/h, ne laisseront pas passer cette mesure illégitime !