02/11/2020

De courageux députés, stimulés par les sympathisants de la Ligue de Défense des Conducteurs, viennent de défendre à l’Assemblée nationale des amendements destinés à améliorer l’entretien des routes par les communes, en utilisant pour cela l’argent prévu pour la politique du tout-radar. L’enjeu financier est important : près de 187 millions d’euros ! L’enjeu humain, en matière de sécurité, l’est encore plus. Morceaux de bravoure d’un débat qui progresse chez les élus comme dans l’opinion.

Au vu des débats à l’Assemblée, le 27 octobre 2020 restera dans les mémoires du combat pour une politique de sécurité routière qui revienne à des pratiques qui ont fait leurs preuves pour sauver des vies. Au premier rang de ces dernières, figure l’entretien des routes. Une évidence direz-vous ? Pas pour tout le monde. D’où le nécessaire travail de parlementaires pour amender les projets du gouvernement.

Les routes se dégradent, l’État achète des radars

L’amendement No II-235, défendu par le député Pierre Cordier (député des Ardennes) et cosigné par trente-et-un autres parlementaires, rappelle une réalité : « autrefois reconnue pour la qualité de son infrastructure routière (elle était en tête du classement établi par le World Economic Forum en 2012, devant 143 autres pays), la France n’occupe plus que le 18ème rang en 2019. En effet, les routes françaises se dégradent faute d’entretien suffisant. »

Or ce sont les radars automatiques qui font l’objet d’investissements réguliers : cette année encore, près de 187 millions d’euros sont prévus pour entretenir, moderniser et augmenter le parc de radars, en faisant notamment passer le nombre de voitures radars de 402 en 2020 à 450 en 2021 !

Le radar comme réponse automatique à tous les risques routiers ferait presque oublier que les causes d’accident sont multiples. Parmi elles, dans 26 % des accidents mortels, le facteur infrastructure (nids-de-poule, absence de rails de sécurité, défauts de signalisation) est ainsi impliqué.

Vos députés interpellés massivement

Face à ce constat dramatique, la Ligue de Défense des Conducteurs a mobilisé ses sympathisants. Au moment où le budget pour 2021 était débattu à l’Assemblée nationale, vous avez été très nombreux à demander par mail à votre député de voter l’amendement soutenu par l’association, pour que les 186 948 208 euros destinés à toujours plus de radars soient reversés aux collectivités locales, afin qu’elles les affectent à l’entretien des routes.

Cinq amendements contre la politique du tout-radar

Les conducteurs ont été entendus des députés : cinq amendements ont ainsi été déposés, tous allant dans le même sens : faire en sorte que la priorité aille désormais moins aux radars qu’à l’entretien des routes. Il s’agit des numéros II-218, II-233, II-234, II-235 et II-382.

Des arguments vaillamment défendus

Le gouvernement a exprimé sa désapprobation envers ces initiatives mais les parlementaires concernés ne se sont pas démontés. Voici des extraits des débats à l’Assemblée :

Pierre Cordier souligne que sa démarche est « conforme aux dispositifs […] du plan de relance. » En effet, comme le précise l’amendement No II-235, « dans un contexte de crise sanitaire qui entraîne une crise économique, la relance passe par la capacité des conducteurs à circuler sur des routes en bon état. »

Le député Jean-Marie Sermier (Jura) ayant expliqué la philosophie de cet amendement, le même Pierre Cordier enfonce le clou en disant, à propos du texte No II-233 : « il s’agit, dans un esprit de responsabilité, de faire en sorte que l’argent de nos compatriotes retourne à la sécurisation de ces voies routières […]. »

Au passage (document No II-382), Marie-France Lorho (Vaucluse) déclare, à propos des causes d’accidents mortels : « La consommation d’alcool et l’usage des stupéfiants devraient retenir davantage l’attention du Gouvernement. »

Puis, au sujet de l’amendement No II-218, cosigné par trente parlementaires, Marlène Schiappa, ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, juge utile de fournir notamment cette statistique : « En 2019, les radars ont généré une recette de 760 millions d’euros ainsi répartis : 13 % affectés au désendettement de l’État […]. »

Ce à quoi Fabrice Brun a beau jeu de rétorquer : « Je remercie Mme la ministre déléguée de nous avoir confirmé que près de 100 millions d’euros des recettes des PV des radars sont détournés au profit du désendettement de l’État, au lieu d’être affectés à des travaux d’amélioration de la sécurité des routes. Je préférerais les voir affectés à la RN 102, à la RD 104 ou, pourquoi pas, à la RN 134. » Les difficultés de ce dernier axe de circulation venaient effectivement d’être présentées par Jean Lassalle (Pyrénées-Atlantiques).

 

Voilà pourquoi, chaque année, au moment où le budget est examiné, la Ligue de Défense des Conducteurs monte au créneau auprès des parlementaires, afin de les sensibiliser au sujet de l’affectation des recettes des radars aux collectivités territoriales, qui les consacreraient à l’entretien des routes. Une question légitime qu’ils sont de plus en plus nombreux à soulever dans l’hémicycle… L’implication de nos élus locaux, que votre mobilisation a largement aidé à renforcer, nous encourage à entrevoir un espoir de mise en place, à terme, d’une politique de sécurité routière à laquelle nous aurons tous contribué. Et surtout, qui ne sera plus quasi exclusivement basée sur la répression.

Voici la liste des trente-deux députés qui ont soutenu l'amendement Nº II-235 du 27 octobre 2020 :

M. Damien Abad, Député de l'Ain (01)

M. Charles de la Verpillière, Député de l'Ain (01)

M. Eric Pauget, Député des Alpes-Maritimes (06)

Mme Laurence Trastour-Isnart, Députée des Alpes-Maritimes (06)

M. Fabrice Brun, Député de l'Ardèche (07)

M. Pierre Cordier, Député des Ardennes (08)

Mme Bérengère Poletti, Députée des Ardennes (08)

M. Vincent Descoeur, Député du Cantal (15)

M. Marc Le Fur, Député des Côtes-d'Armor (22)

Mme Annie Genevard, Députée du Doubs (25)

Mme Emmanuelle Anthoine, Députée de la Drôme (26)

M. Jean-Luc Bourgeaux, Député d'Ille-et-Vilaine (35)

M. Dino Cinieri, Député de la Loire (42)

M. Jean-Pierre Vigier, Député de Haute-Loire (43)

M. Pierre Morel-À-L'Huissier, Député de Lozère (48)

Mme Valérie Beauvais, Députée de la Marne (51)

M. Thibault Bazin, Député de Meurthe-et-Moselle (54)

M. Pierre Vatin, Député de l'Oise (60)

Mme Véronique Louwagie, Députée de l'Orne (61)

M. Patrick Hetzel, Député du Bas-Rhin (67)

M. Philippe Meyer, Député du Bas-Rhin (67)

M. Frédéric Reiss, Député du Bas-Rhin (67)

M. Jacques Cattin, Député du Haut-Rhin (68)

Mme Nathalie Serre, Députée du Rhône (69)

Mme Josiane Corneloup, Députée de Saône-et-Loire (71)

Mme Sandra Boëlle, Députée de Paris (75)

Mme Brigitte Kuster, Députée de Paris (75)

M. Michel Vialay, Député des Yvelines (78)

Mme Edith Audibert, Députée du Var (83)

Mme Geneviève Levy, Députée du Var (83)

M. Jean-Claude Bouchet, Député du Vaucluse (84)

M. Mansour Kamardine, Député de Mayotte (976)