24/11/2015

Jean-Bernard Conrad, président du Syndicat des Equipements de la Route (SER), dénonce la constante baisse des investissements dans les infrastructures routières, en diminution de 20 % sur les quatre dernières années. Pourtant, les équipements de la route constituent un élément fondamental de sécurité routière. Entretien avec Jean-Bernard Conrad.

Monsieur Jean-Bernard Conrad Président du Syndicat des Equipements de la Route

-Les Français sont nombreux à faire le constat au quotidien du mauvais état du réseau routier de notre pays. En tant que représentant des professionnels du secteur, quel est votre constat sur l'état de ce réseau ?  

L’Enquête Opinion Way commandée par le SER (Syndicat des Equipements de la route) est éloquente à cet égard. 52 % des Français considèrent que l’état des routes s’est considérablement dégradé depuis quelques années. Il s‘agit des routes empruntées quotidiennement. Concernant l’entretien des équipements de la signalisation verticale (panneau) et horizontale (marquage) ainsi que les dispositifs de retenue routiers (glissières de sécurité) 51 % des Français estiment qu’il est insuffisant.

-Vous dénoncez régulièrement l’absence d’investissement de la part des autorités dans les infrastructures routières. Comment expliquer que l’amélioration et l’entretien de ces infrastructures soient à ce point délaissés par l’Etat ?

L’état des routes ne cesse de se dégrader. Le budget de la nation alloué à l’entretien des routes est en constante diminution. De 425 millions d’euros en 2009, on est passé à 340 millions en 2014. Soit 20 % de moins en 5 ans. La fiscalité sur l’automobile (TVA – TICPE…) est de 34 milliards. Le budget est donc de 1 %. C’est notoirement insuffisant.

-Parmi les nouvelles mesures du gouvernement, aucune ne concerne d'ailleurs l'amélioration des routes, et la plupart se concentrent sur la répression de la vitesse. Mais peut-on accuser la vitesse quand l'infrastructure est en mauvais état ?

La vitesse est bien à l’origine de centaines d’accidents de la route - principalement des jeunes. Le CISR du 2/10 dernier renforce les dispositifs dans le sens des contrôles, de la répression de la vitesse, de la consommation d’alcool, des drogues. Le CISR ne prend pas en compte le facteur absence d’équipements de la route (marquage, panneau, glissière) ou mauvais état des équipements dans la prise en compte de l’accidentologie. La sécurité routière doit tenir compte de l’infrastructure.

-En analysant le classement des 100 radars qui ont le plus flashé en 2014, on observe que 66 % d’entre eux sont situés sur autoroute et ce alors même que ce réseau ne compte que pour 7 % des accidents mortels. Que vous inspire ce déploiement d’équipements sur le réseau pourtant le plus sûr ?

En 2015 ce sont encore plus de 200 millions d’euros d’équipement - radar. Les 4 000 radars implantés sur le réseau routier rapportent environ 650 millions d’euros. Ils jouent un rôle prépondérant dans la diminution des accidents de la route. Ils rendent service dans les zones accidentogènes. Mais ce n’est semble-t-il pas leur lieu d’implantation prioritaire. L’autoroute – où par définition l’on se déplace plus rapidement – est bien plus rentable. Et ce n’est pas le réseau le plus concerné - et de loin - ni le plus accidentogène. L’autoroute c’est 7 % à 8 % du réseau routier comme vous le mentionnez, mais 8 % des accidents. Le chiffre est à opposer au réseau départemental qui représente 23 % du réseau mais 65 % des accidentés de la route. Les communes et les rues c’est 40 % du réseau routier, mais 18 % des accidentés. Donc 63 % du réseau (départemental – communal et rues) c’est 83 % des accidentés.

-En regard du budget consacré à ces technologies de répression, la remise en état des routes départementales et nationales, qui représentent 98 % du réseau routier de notre pays est-elle le "chantier oublié" du gouvernement selon vous ?

Sans conteste. Pour preuve le budget alloué à l’entretien du patrimoine routier, (ainsi que je vous l’ai signalé plus haut) est en constante diminution : de 20 % sur ces 4 dernières années. Les Français  selon l’enquête Opinion Way, estiment urgent d’améliorer les infrastructures pour leur sécurité. La route est de plus en plus délaissée d’après les Français qui pointent du doigt le mauvais état du réseau départemental et communal. Celui qu’ils empruntent au quotidien. Selon eux, il est en constante dégradation. N’oublions pas que le réseau départemental concentre à lui seul 65 % des accidentés de la route en France. L’heure est aux économies et malheureusement oui, l’entretien de nos routes  n’est pas prioritaire.

L’arbitrage budgétaire des collectivités est beaucoup plus orienté sur les actions sociales au détriment des infrastructures. En France il n’y a pas une véritable politique nationale d’équipement et d’entretien des réseaux routiers. Le niveau de service requiert une vision « permanente ». Or force est de constater que la France possède un niveau de service beaucoup plus faible que la plupart des pays européens (du nord principalement). Pour cela il est nécessaire d’avoir une « réglementation » mais qui est quasiment inexistante pour le moment.

-A la suite de votre élection à la tête du Syndicat des Equipements de la Route en avril 2014, vous avez souhaité parmi vos objectifs prioritaires : « réaffirmer le rôle central des équipements de la route dans la sécurité routière ». Avez-vous le sentiment d’être entendu ?

Le rôle des équipements routiers dans la sécurité routière n’est plus à démontrer. Qu’est ce qui a fait plier la courbe du nombre d’accidents de la route ? En 40 ans, le nombre d’accidentés de la route a été divisé par 4.

Les facteurs retenus sont :

L’amélioration des véhicules (structure) - équipements (ceinture) Air Bag…. etc

-L’amélioration du réseau routier (chaussées – 3 voies supprimées – rond-point - la signalisation verticale & horizontale plus performante, les DRR (Dispositifs de retenue routiers.)

-Les législations et réglementations successives (contrôle des vitesses – alcoolémie etc…)

N’oublions pas le conducteur : c’est bien lui qui tient le volant. C’est lui qui analyse la route, et en 2 générations d’automobilistes la sécurité routière s’est beaucoup améliorée.

Les équipements routiers contribuent à réduire l’insécurité routière – c’est « la route qui pardonne » – et en la matière les Français attendent des pouvoirs publics qu’ils consacrent plus de moyens à l’équipement et à l’entretien du réseau routier.

Il est donc nécessaire d’élargir le débat sur la politique de sécurité routière. Il est nécessaire de reconsidérer ce débat et de l’élargir aux facteurs  qui participent à la sécurité routière. L’état des routes et de ses équipements, ce patrimoine n’est pas un détail. 

-Quelle serait selon vous une bonne politique de sécurité routière ?

Une vraie politique de sécurité routière c’est d’abord une vision claire des besoins de la route. Le réseau routier (hors autoroute) est privé de ses ressources budgétaires. C’est une politique, non pas, et seulement à moyen ou long terme, sur la maintenance qu’il faut mener. Il est nécessaire d’avoir un niveau de service réglementaire.

Il faut convaincre les gestionnaires de réseaux à satisfaire un certain « niveau » de performance des équipements. Cette absence de réglementation entraîne des dangers pour les usagers de la route. Il n‘est pas difficile de se doter d’une vraie politique d’entretien et de maintenance des équipements routiers. Pour cela réalisons un audit de ce qui « est », évaluons les besoins d’entretien et de maintenance des niveaux de performance des équipements.

Le SER regroupe les EXPERTS qui innovent au quotidien pour améliorer la sécurité routière. Je vous rappelle que l’on parle beaucoup de la route de demain dite « intelligente ». Elle le deviendra si les équipements routiers sont performants. Ils sont les fondations de la sécurité routière pour demain.