26/04/2019

Avec le déploiement massif des radars, l’avènement de la vidéoverbalisation, les réformes du stationnement et autres mesures de ce type, depuis dix ans, l’État a choisi d’accroître la répression routière. Entre omniprésence des radars, nombre d’infractions qui explose et retraits de points en pagaille, les différents gouvernements ont resserré l’étau autour des conducteurs par une répression sans relâche. Retour sur une décennie de répression…

 

 

Sur la décennie 2008-2017, le nombre total d’infractions a doublé, passant de 20,97 à 39,96 millions en 2017, soit une augmentation de 90,6 % : ahurissant ! Sachant que, pour la même période, le nombre de retraits de points explosait pour atteindre 15,15 millions de points retirés en 2017, contre 9,5 millions en 2008, soit une augmentation démesurée de + 60 % !

L’État a également opté pour la multiplication des radars, la création de nouvelles infractions et dans le même temps, de nombreuses infractions ont vu leur montant exploser ! Tout cela pour garantir la sécurité des conducteurs ou les rentrées d’argent de l’État ?

Depuis une décennie, l’oppression s’est accrue de façon exponentielle sur des thèmes qui rapportent : vitesse, stationnement, vidéoverbalisation…

 

Prolifération des radars et propagation de la vidéoverbalisation…

Pour accentuer cette répression, les instruments du contrôle automatisé se sont multipliés et de nouveaux outils ont été implantés par l’État. Ainsi, le nombre de radars est passé de 2 300 en 2008 à 4 171 en 2017 : leur nombre a donc augmenté de 81,3 %, dingue ! Dans le même temps, la verbalisation par vidéo a été instaurée et elle fait des dégâts ! La vidéoverbalisation sanctionne une vingtaine d’infractions différentes sans que la présence des forces de l’ordre ne soit requise. La vidéoverbalisation n’interprète pas la situation donc peu importe que vous vous soyez arrêté sur un emplacement réservé (vide), quelques secondes, pour téléphoner ou déposer une personne, le PV va tomber sans sommation !

 

…pour faire exploser le nombre d’infractions !

La prolifération de ces dispositifs répressifs a pour effet d’augmenter considérablement le volume d’infractions. Si bien que des sommets sont atteints : il s’agit d’une augmentation du nombre d’infractions de 90,6 %  en dix ans, soit le chiffre record de 39,96 millions d’infractions en 2017 ! Le nombre a donc doublé entre 2008 et 2017, effarant…

 

 

Surtout que les infractions qui sont les plus sanctionnées sont celles qu’il est le plus facile de contrôler via le défavorablement connu « Contrôle Automatisé » : les dépassements de vitesse. Même si 95,6 % des excès de vitesse constatés représentent de très faibles dépassements… Le nombre d’infraction à la vitesse a bondi en dix ans, passant de 9,7 à 17,4 millions. Ce qui a eu comme effet de faire plus que doubler le nombre de points retirés pour excès de vitesse, avec une augmentation de 124,2 % ! Et même l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) le notait : « Le contrôle automatisé (CA) a doublé le nombre d’infractions à la vitesse relevées en 10 ans ».

Donc au total, en 2008, les radars rapportaient 447 millions d’euros en amendes forfaitaires mais dix ans plus tard, ce chiffre est carrément devenu gigantesque avec 965 millions de recettes faites sur le dos des conducteurs sanctionnés pour dépassement de vitesse. Cela fait quand même une augmentation de 115,9 %, soit plus du double avec 518 millions d’euros de recettes supplémentaires : la vitesse rapporte !

 

La ville devient une jungle à PV qui rapporte…

L’autre cible de cette politique de répression simple à mener est le stationnement. Est-il devenu plus « gênant » en dix ans ? Il semblerait que non. Par contre les tarifs des amendes ont explosé avec l’avènement du Forfait Post Stationnement ou (FPS) dont le montant devient libre et est fixé par chaque commune. Il est donc possible de voir une augmentation de 445 %  du tarif de l’infraction pour défaut de paiement pour les villes l’ayant adopté (à noter qu’il est même verbalisé par des agents privés…). Parallèlement, à cause de la vidéoverbalisation notamment, le nombre d’infraction au stationnement a explosé sur cette période passant de 6,9 à 17,3 millions : soit une augmentation de 150,1 % ! Imaginez les rentrées d’argent avec un FPS de 60 € à Lyon, par exemple (le défaut de paiement était de 11 € jusqu’en 2011). Une autre justification que les recettes pécuniaires semble donc difficile à croire…

Surtout qu’en dix ans, d’autres infractions ont vécu quelques changements : création de nouvelles infractions, variation du prix de l’amende, du nombre de points retirés et des modalités d’application… Et ça rapporte un max !

C’est ainsi qu’en 2015, des stationnements jugés « gênants » ont été requalifiés en stationnements « très gênants » avec, bien sûr, une amende presque 4 fois plus coûteuse (passage de 35 à 135 €, soit 285,7 % de hausse). Sans oublier, encore une fois qu’avec la vidéoverbalisation, les ravages sont énormes puisqu’il n’y a plus de distinction entre un simple arrêt et le stationnement : résultats, les PV pleuvent !

La vidéoverbalisation peut aussi détecter l’usage du téléphone au volant dont l’infraction avait été créée en 2002 avec la démocratisation des téléphones portables. Cependant voilà qu’en 2012, celle-ci est passée de 2 points et 35€ d’amende à 3 points et 135€, encore un quadruplé... À noter qu’à partir de 2019, cette infraction, si elle est cumulée à une autre infraction, peut couter son permis.

Pour renforcer cette philosophie répressive, et la rendre toujours plus efficace, l’amende pour plaque d’immatriculation illisible a presque doublé en 2012, passant de 68€ à 135€. Tout cela pour des raisons de sécurité routière, bien sûr : il ne faudrait pas compliquer la tâche des radars et de la vidéoverbalisation évidemment.

 

Résultats :

Une décennie de répression galopante, c’est :

  • Une augmentation de 81,3 % du parc radar,
  • le nombre total d’infractions qui a doublé pour atteindre le chiffre hallucinant de 39,96 millions,
  • 15,15 millions de points retirés,
  • des recettes issues des radars qui doublent avec une augmentation de 115,9 % et 558 millions d’euros supplémentaires,
  • une augmentation jusqu'à 445 % du montant de l’infraction pour défaut de paiement avec le FPS,
  • des montants d’amendes qui quadruplent…

Et un État qui continue de dire que c’est pour améliorer la sécurité routière alors qu’il se remplit les poches sur le dos des conducteurs … Il est temps de changer de disque, ce discours ne tient plus et le bilan de la dernière décennie de répression le montre. Comme le martèle la Ligue de Défense des Conducteurs, il faut arrêter de prendre les conducteurs pour des vaches à lait et s’attaquer aux vrais enjeux de sécurité routière : état des routes, somnolence, manque de vigilance, conduite sous l’emprise de l’alcool, de stupéfiants ou sans permis,…

 

 

Sources :

Autoplus N°1591 (01/03/2019)

Bilan de l’accidentalité de l’année 2017, ONISR

Bilan de l’accidentalité de l’année 2008, ONISR

Les infractions au code de la route et au code des transports : Bilan statistique 2017, ONISR

Les infractions au code de la route et au code des transports : Bilan statistique 2008, ONISR

Mission Contrôle de la circulation et du stationnement routiers 2017, Cour des Comptes

Rapports annuels de performances annexes au projet de loi de règlement des comptes et rapport de gestion pour 2008