01/02/2019

En début de semaine, le Premier ministre faisait état d’un bilan « historique » de la sécurité routière pour l’année 2018. Dans le même temps, il rendait hommage à sa décision d’abaisser la limitation de vitesse à 80 km/h. Entre communication trompeuse et manipulation des chiffres, la Ligue de Défense des Conducteurs décrypte ces informations.

Le 28 janvier, Edouard Philippe, en déplacement en Seine-et-Marne, annonce un bilan de la mortalité routière "historique" (3259 morts) accompagnant le passage au 80km/h.

Un bilan pas vraiment « historique » : communication trompeuse !

Si le Premier ministre déclare que le bilan 2018 de la sécurité routière est « historique », il oublie quelques données. D’abord, il convient de rappeler que ce bilan est PROVISOIRE, et qu’il est donc susceptible d’être alourdi, notamment par les résultats du mois de décembre. Le bilan mensuel du mois de décembre comptabilise (d’après la méthode utilisée) les décès jusqu’à 30 jours après l’accident, donc jusqu’à fin janvier, les résultats peuvent se dégrader et venir perturber les chiffres annuels.

Ensuite, ce bilan « historique » est très proche de celui de 2013 (3268 décès contre 3259). Si pour les familles, un écart de 9 victimes épargnées est non-négligeable, en terme statistique, il l’est (surtout quand le bilan n’est pas définitif). Edouard Philippe aurait-il envie de s’emballer à propos des chiffres de la sécurité routière pour cette année où il a instauré le 80 km/h sans concertation ?

A priori oui ! Car le Premier ministre, encore une fois, présente un bilan « historique », mais ce n’est pas tout à fait le cas si on comptabilise l’ensemble du territoire français. Parce que, pour produire sa communication trompeuse, Edouard Philippe a omis de compter les données de l’Outre-Mer. Et là est toute la différence ! Selon les baromètres mensuels de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière, l’Outre-Mer comptabilise 227 « tués » en 2018. Ce qui, ajouté aux 3259 « tués » de la métropole, signifie une mortalité routière égale à 3 486 victimes, donc 59 « tués » de plus que pour l’année 2013 : pas si « historique » que ça finalement... L’année 2013, en comptant, au total 3427 victimes, reste toujours l’année ayant connu le meilleur bilan de la sécurité routière de l’ère moderne. Le bilan 2018 n’est donc pas « historique » mais la communication d’Edouard Philippe, elle, est bien trompeuse ! 

 

Edouard Philippe : une manipulation des chiffres pour faire la promo de son 80…

S’il se dit clairement « fier » de sa mesure qu’il a imposée aux français avec le prétexte de sauver des vies, le Premier ministre oublie que les résultats sont similaires à ceux de l’année 2013, bien avant la prise de cette mesure.

Le chef du Gouvernement impute très précisément 116 vies épargnées au 80 km/h, mesure imposée aux conducteurs français sans concertation. Or à ce jour, la Sécurité Routière n’isole pas totalement les données des tronçons dont la vitesse maximale autorisée est limitée à 80 km/h, donc Edouard Philippe se base sur les chiffres des « tués » sur le réseau routier « hors agglomération » et « hors autoroute ». Ce réseau, ne comptabilisant ni les autoroutes, ni les villes, comporte cependant différentes limitations de vitesse bien différentes (30, 50, 70, 80, 90, 110). Si bien qu’en Bretagne, plus de 1 200 km sont des 2x2 voies, dont la vitesse maximale autorisée est de 110 km/h. Ces portions, où la limite de vitesse n’est donc pas de 80 km/h sont quand même comptées dans les calculs du Premier ministre : pas très scientifique cette méthode… Il paraît donc impossible de conclure sur cette mesure si décriée sans manipuler les chiffres !

Pour une totale précision et objectivité quant à l’évaluation du 80, la Ligue de Défense des Conducteurs réclame que les données liées au 80 km/h soient isolées dans les bilans d’accidentalité de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) et se félicite, qu’aujourd’hui, une quinzaine de députés aient sollicité le Gouvernement sur ce sujet via une question écrite.

Avec cette communication trompeuse en faveur du 80 km/h, basée sur quelques mois seulement, Edouard Philippe concède tout juste que les Présidents de département pourront "faire part de leurs propositions" sur le 80 km/h. Et dans ce cas, si les présidents de département reviennent au 90, ils endosseront seuls la variation de la mortalité. À ce titre, le Premier ministre se défausse complètement…

Et quand on voit à quel point le Premier ministre s'efforce de justifier à tout prix cette mesure à laquelle 78 % des conducteurs sont hostiles, on ne peut qu'être inquiet quant aux conclusions apportées au terme de "l'expérimentation" de deux ans.

La Ligue de Défense des Conducteurs persiste à réclamer au contraire la suppression pure et simple de cette mesure arbitraire. L’association appelle tous les conducteurs de France à participer au Grand débat national avec la  proposition "Stop au 80 km/h sur route".