16/11/2020

Vendredi 13 novembre 2020, les députés ont voté cette fameuse « taxe au poids » voulue par le gouvernement, qui engendrera un impôt supplémentaire à toutes les voitures affichant plus de 1,8 tonne, à partir de janvier 2022. Dans un premier temps, bien entendu, ce seuil pouvant ensuite être abaissé… au petit bonheur la chance. Une fois de plus, la Ligue de Défense des Conducteurs s’insurge contre cet amateurisme navrant.

Une taxe au poids ? Mais au fait, de quoi parle-t-on précisément ? Ceux qui sont le plus préoccupés par le sujet chez les parlementaires, apparemment, ne le savent même pas ! Ce sont ces mêmes députés qui ont déjà décidé, l’année dernière, qu’en 2040 toutes les voitures vendues en France seraient, par obligation, 100 % électriques... sans entourer cet oukase de la moindre réflexion, qu’elle soit d’ordre environnementale, technique, économique ou même démocratique.

Du flou dans les kilos

Les représentants du gouvernement actuel ne valent pas mieux, lorsqu’ils parlent de poids pour évoquer une voiture qui pèserait 1,8 tonne (ou quelle que soit la valeur qu’elle revendique sur une balance). Il faudrait évidemment parler de masse. Laquelle s’exprime en kilogrammes, alors que le poids, lui, s’exprime en newtons. Si, au quotidien, on peut aisément employer le mot poids à la place de masse, il ne devrait plus en être question lorsqu’il s’agit d’écrire des textes de loi ou lorsque les ministres, Barbara Pompili et Bruno Le Maire en tête, évoquent publiquement le problème !

Le gouvernement a par ailleurs précisé que les véhicules électriques et hybrides rechargeables ne seraient pas pénalisés par cette taxe complètement « à la masse ». Et pour quelle raison ? Parce qu’un Tesla Model X, gros SUV électrique de 2,6 tonnes, ne consommerait pas davantage d’énergie qu’une Smart Fortwo électrique (en imaginant une capacité des batteries équivalente), qui pèse une tonne et demie de moins ? Cela défierait les lois de la physique. Les voitures électriques ont, plus encore que les voitures thermiques, un problème de masse. Une Peugeot e-208 pèse par exemple 300 kg de plus qu’une 208 thermique. Et la petite Zoé pèse aussi lourd que la grande Renault des années 1990, la Safrane !

Bruno Le Maire ajoute lui-même, pensant viser les gros SUV thermiques, que les véhicules lourds « usent davantage les routes », sans se rendre qu’ici, précisément, il attaque directement les voitures électriques… Or, pour être cohérent (notion qui échappe hélas à ceux qui nous dirigent, comme on l’aura constaté dans de nombreux domaines), il faudrait donc aussi inciter les constructeurs à limiter le poids des voitures électriques.

La sécurité avant tout

Le goût pour l’illogisme de nos gouvernants n’a d’égal que leur schizophrénie. Car rappelons que le surpoids grandissant des véhicules est aussi la conséquence de l’ajout d’équipements qu’ils ont parfois eux-mêmes imposés (airbags, ABS…), pour des raisons évidentes d’amélioration de la sécurité. Ne parlons même pas des équipements de confort comme la clim’ ou les vitres électriques… En contrepartie, ce surpoids engendré par la modernité influe sur la consommation d’énergie, donc les émissions de gaz à effet de serre et les polluants (encore que parallèlement, les constructeurs travaillent d'arrache-pied pour optimiser le rendement de leurs motorisations). Alors on fait quoi, on revient aux voitures de moins d’une tonne qui ne laissaient aucune chance à leurs passagers, en cas d’accident ? Mais qui achèterait aujourd’hui une nouvelle voiture dépourvue de ces éléments ?

Ignorants de tous bords

En face, les réactions politiques sont hélas tout aussi navrantes que les décisions du gouvernement. Prenons par exemple l’intervention de Valérie Rabault, cheffe de file des députés socialistes qui a déclaré que « sur les dix SUV les plus vendus en 2019, il n’y en a aucun qui fait plus de 1 800 kg, donc on ne touche personne ». Pourquoi, encore une fois, n’évoquer que les SUV ? Et quelle serait l’idée du Parti socialiste ? De surtaxer une pauvre Citroën C3 Aircross pas plus lourde qu’une Clio, mais considérée -à tort- comme un SUV ? De penser que seuls les SUV pèsent lourd ? Alors précisons au passage que, chez Renault, le Scénic, prétendument inoffensif car gentil monospace familial, pèse en moyenne 150 à 200 kg de plus que le Kadjar, le SUV équivalent du constructeur capable de rendre les mêmes services.

On assiste ici à un véritable déballage de bouffonnerie dû à l'ignorance - l’incompétence ? - des différents intervenants politiques. On aimerait en rire car il y a matière. Hélas, ce sont ces élus, quel que soit leur bord, qui décident à notre place sans qualification ni expertise aucune, et ce seront, encore une fois, les conducteurs qui en feront les frais. Car au bout du compte, il s’agit bien, ni plus ni moins, de faire payer une taxe supplémentaire pour laquelle il suffisait de trouver un prétexte « honorable ».