Youngtimers, voitures anciennes : la passion de l’auto vaincra

Message aux contempteurs de notre patrimoine automobile, souhaitant voir disparaître les collectionneurs qui l'entretiennent et le valorisent : l’argument écologique ne tient pas face à la préservation de l’histoire, les retoque Alexandra Legendre, porte-parole de la Ligue de Défense des Conducteurs.

Note : cet article a été initialement publié le 26 août 2022 sur le site Capital.fr, où la Ligue de Défense des Conducteurs tient une tribune libre bimensuelle.

“Il faudrait organiser des rallyes en milieu clos. Pour que vous puissiez profiter vous-mêmes de vos gaz, s’il y a un survivant il gagnera la coupe […]. Avec votre voiture et à l'aide d'un tuyau de raccord échappement-habitacle au volant, accélérateur à fond, les participants peuvent se filmer eux-mêmes ou inviter des proches à filmer depuis le siège arrière […].”

Ces mots d’une rare violence (dont je vous épargne les navrantes fautes d’orthographe) ont été laissés sur la page Facebook de notre association, en commentaire d’une publication où nous annoncions notre présence à un rassemblement de youngtimers, ces “jeunes” voitures anciennes dont raffolent les collectionneurs au budget souvent modeste. Le “Big Car Show”, auquel la Ligue de Défense des Conducteurs était conviée à parler radars et répression, s’est déroulé au Mans l’avant-dernier week-end d’août. Une première édition qui a réussi l'exploit de réunir plus de 22.000 amateurs, entre autres alléchés par la possibilité de piloter leur Lancia Delta Integrale ou leur Peugeot 205 GTI sur le fameux circuit des 24 Heures.

Or, si l'on en croit donc notre stalker de réseaux sociaux cité ci-dessus, céder au huitième péché capital, j'ai nommé la passion de la bagnole, ne mériterait rien moins que la mort par étouffement. Cet inquisiteur des temps modernes sait-il qu'il pointe ainsi du doigt les 400.000 collectionneurs recensés en France (source) ? Que chaque ancienne parcourt, en moyenne, à peine plus de 1.000 kilomètres par an, soit douze fois moins que nos voitures du quotidien ?

Que leur impact sur l'air qu'on respire est si négligeable que plusieurs Zones à faibles émissions et notamment la plus étendue (voire la plus impitoyable), celle du Grand Paris, ont décidé d'octroyer une dérogation aux possesseurs de carte grise "véhicule de collection", les autorisant à circuler librement ? En attendant, on l'espère et la Fédération française des véhicules d’époque (FFVE) milite courageusement en ce sens depuis des années, une exception obtenue à l'échelle nationale.

Évidemment que notre pseudo-justicier de l’écologie en ligne ignore tout cela. De même qu'il ignore que l'entretien, la réparation et la restauration de ce million de modèles de plus de trente ans font vivre 25.000 professionnels et génèrent, toujours selon la FFVE, 4 milliards d'euros par an de chiffre d'affaires. Aucune chance non plus qu'il sache que pour faire face à l'engouement des Français pour les voitures de collection – la plupart du temps, des modèles populaires, Citroën 2CV et VW Coccinelle en tête – quatre établissements scolaires en France, dont le Garac, école nationale des professions de l’automobile installée à Argenteuil (Val d'Oise), ont dû créer une filière bac pro et BTS en 2020, pour former de futurs réparateurs ou tôliers qui seront spécialisés dans les "vieilles carrosseries".

Si tu me lis, Vincent C., qui ne te cache peut-être même pas derrière l'anonymat pour rédiger ta misérable contribution à notre page Facebook, sache tout de même que ton imprécation n'empêchera pas les dizaines de rassemblements qui ont lieu tous les week-ends de l’année, réunissant ici les membres d'un club Citroën Traction, là ceux d'une amicale Peugeot 204, ou là encore des gentlemen en Porsche 911. Que tu n'empêcheras pas les passionnés de se rendre au salon de Rétromobile (100.000 visiteurs en 2022), ou au formidable Le Mans Classic, qui accueille, tous les deux ans, jusqu'à 200.000 visiteurs.

Que notre mâchoire continuera à se décrocher devant la fulgurante beauté d'une Jaguar Type E ou le mythique 12-cylindres d'une Ferrari Testarossa. En rallye promenade à un rythme de sénateur ou à fond sur circuit, pauvre (choisissez ici votre nom d’oiseau préféré), sache que nous tous qui aimons la voiture et célébrons le patrimoine technologique et esthétique qu'elle représente, on ne te souhaite rien d'autre que de continuer à rouler, ou plutôt à te rouler… dans ta propre médiocrité.